« La parole est le cadeau de noces de Dieu à l’humanité » disait Franz Rosenzweig.

Bien sûr, tout communique, les animaux, les fleurs, les arbres et même Assurance Maladie Obligatoire et Assurance Maladie Complémentaire.

Tout communique, mais se parle-t-on ?

Nos vies sont comme des parchemins et nous n’écrivons sur eux que ce dont nous voulons que l’on se souvienne, simplement parce que la nostalgie serait le plaisir de la tristesse.

Quand on passe d’une année à l’autre, dans la vie comme dans un rouleau, car la vie se déroule, on ne tourne pas la page ; Et si on la tourne, en tout cas on ne la déchire pas !

Peut-être est-ce une manière de nous dire que notre passé éclaire notre présent, est lié à lui sans qu’il puisse s’en défaire.

Assis au bord du temps, nous nous interrogeons.

Inquiets pour demain, mais sûrs de notre destin, forts de notre passé et furieux du présent.

Nous regardons poindre l’année qui vient et avec elle, le quinquennat qui vient.

Peut-être ne pensons-nous pas assez qu’il n’y a rien de vraiment grave tant que l’on voit le jour se lever ?

Force est de  constater que notre tragédie est de ternir le merveilleux par l’indifférence.

Pourtant, dans la France d’aujourd’hui, où tous les pouvoirs sont mal vus, beaucoup poussent désormais le goût de la liberté jusqu’à refuser le contrainte du réel.

Et pourtant, la vraie liberté suppose de reconnaître des contraintes et de s’en servir pour progresser.

Le réel est un secret que nul n’ignore, caché par nos simulacres, au premier rang desquels le voile sournois de la transparence qui devient le bouc émissaire de notre indulgence.

C’est la fable des vautours qui se prennent pour des aigles.

L’envers du décor n’est qu’un décor de plus, et les apparences sont, à ce titre, moins trompeuses que le sentiment d’être trompé par elles.

Aucune illusion n’est plus tenace que l’envers du décor.

Ivre de sa défiance,

Flattée de ne pas vouloir paraître dupe,

Notre société est éblouie par le masque de la transparence elle-même.

Qui sait cela, je veux plutôt dire, qui sent tout cela, pense, débat, propose par goût, non par crainte.

C’est le ton et l’esprit que nous voulons donner à nos débats à l’ACIP.

Merci à Gilles Johanet, à Claude Le Pen, à Thierry Beaudet et à Alain Milon d’avoir accepté l’esprit du débat de ce soir.

Merci à Pascal Beau de l’animer avec moi.

 

« Ce que nous voyons, nous regarde » nous rappelle Merleau-Ponty.

Or, que voyons-nous ?

D’abord, la possibilité vaut permission. C’est la définition de la démesure parce que le vertige des possibles diminue la capacité d’anticipation.

La Santé, c’est l’apoplexie au centre et la paralysie aux extrêmes, observait voilà déjà longtemps Lamennais.

Ensuite, l’univers des risques est en expansion et l’aversion aux risques est la chose du monde la mieux partagée

Et c’est ce degré d’aversion aux risques qui dicte très largement la plupart de nos comportements économiques, financiers et sociaux, individuels et collectifs, donc, fondamentalement nos choix politiques.

L’idéogramme chinois, pour le mot risque combine à juste titre deux idéogrammes, le danger et la chance.

Nous sommes dans un état bipolaire et c’est parfois le sentiment que peut inspirer la relation Assurance Maladie Obligatoire/Assurance Maladie Complémentaire.

Enfin, dans notre société malgré tout encore dominée par les peurs, il va falloir nous désintoxiquer de l’idéologie de la promesse, intégrer vraiment la complexité et gérer le couple optimisme/frustration.

C’est osé, me direz-vous, en ces temps Wagnériens de crépuscule des lieux.

 

Dans ces temps où nous passons sans même y prendre gare de la sidération à la considération, nous savons que la nostalgie n’est pas un projet ni le passé un refuge.

Avec Malraux, je pense que les idées ne sont pas faites pour être pensées, mais pour être vécues.

Evidemment, le sentiment se sent toujours à l’étroit comme un enfant qui a grandi tandis que ses vêtements sont restés les mêmes.

Vous avez noté combien il est difficile de trouver des mots  à la taille du sentiment.

Car si les mots sont les vêtements du sentiment, ils ne doivent pas le trahir.

Parce que parler

Parce que débattre

C’est faire attention à l’autre, éviter que les mots ne soient des blessures, ne fut-ce que parce qu’ils ne sont pas compris.

Nous avons la chance de pouvoir nous parler.

Tel est peut-être le « vrai cadeau de noces de Dieu à l’humanité », un cadeau qui offre la possibilité de dire à chacune et à chacun d’entre vous,

en hissant les mots sur la pointe des pieds, en m’éclairant de la lumière de vos visages :

Belle année à chacune et à chacun.

Bon débat à tous.

Michel Hannoun